Quand les émotions des enfants s’expriment… et que certains réflexes archaïques ne sont pas intégrés
- Myriam Perrozet
- il y a 6 jours
- 4 min de lecture
Dans ma pratique, je rencontre régulièrement des enfants qui vivent des difficultés émotionnelles importantes : régulation du stress, impulsivité, hypersensibilité sensorielle, réactions intenses à de petits changements ou stimulations. Très souvent, ces enfants présentent aussi ce que l’on appelle des réflexes archaïques non intégrés.
Ce constat n’est pas anodin : ces réflexes primitifs, qui devraient normalement s’estomper au cours des premières années de vie, sont un indicateur du niveau de maturité du système nerveux et peuvent influencer la régulation émotionnelle, cognitive et comportementale d’un enfant.

Que sont les réflexes archaïques ? Et pourquoi sont-ils si importants ?
Les réflexes archaïques – parfois appelés réflexes primitifs – sont des réponses automatiques et involontaires à des stimulations sensorimotrices. Ils apparaissent dès la vie fœtale et juste après la naissance et aident le nouveau-né à se développer : passer en position assise, à rouler, ramper, faire du 4 pattes, marcher, courir, parler, apprendre, interagir avec les autres etc…
Normalement, ces réflexes s’intègrent (c’est-à-dire qu’ils s’effacent progressivement) dans les premières années de vie (3 ans et demi / 4 ans), laissant place à des mouvements volontaires et à des circuits cérébraux plus matures (développement du système limbique et cortical), qui vont soutenir la maitrise émotionnelle, la concentration et les apprentissages scolaires entre autres.
Pourquoi leur intégration est essentielle ?
Une intégration harmonieuse est liée à une maturation corticale normale :
elle permet au cortex cérébral de prendre le relais sur des comportements autrefois réflexes,
elle favorise la régulation émotionnelle, l’attention, l’adaptation sociale et cognitive,
elle soutient l’apprentissage scolaire et la gestion de soi.
Lorsque ces réflexes persistent, cela peut être interprété comme un signe que certaines voies neurologiques n’ont pas encore suffisamment maturé, ce qui peut influencer la régulation émotionnelle, la coordination et le comportement.
Ce que dit la science aujourd’hui
Étude 1 : lien entre réflexes archaïques et troubles émotionnels et comportementaux
Une étude a été menée chez 225 enfants en 2020 pour déterminer le rôle des habiletés motrices de base et la persistance des réflexes primaires chez les jeunes enfants présentant de graves difficultés émotionnelles et comportementales (EBD). Il a été démontré le lien entre EBD et persistance des réflexes archaiques. Une analyse de régression multiple hiérarchique a révélé que les habiletés motrices de base, la persistance des réflexes primaires, les bouleversements familiaux, l’hyperactivité et l’alphabétisation étaient tous des prédicteurs significatifs du fonctionnement psychosocial.
Source : PUBMED - Br J Educ Psychol .2020 septembre
En savoir + sur les études des réflexes archaiques : https://myriamperrozet.podia.com/50-etudes-scientifiques-sur-les-reflexes-archaiques
Étude 2 : réflexes persistants et troubles émotionnels
Un article récent dans The Journal for Nurse Practitioners montre que la persistance de réflexes primitifs chez des enfants d’âge scolaire peut être associée à des retards de développement, des troubles émotionnels et comportementaux, des difficultés d’apprentissage, ou encore des troubles du traitement sensoriel.
Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1555415523002696?utm_source=chatgpt.com
Trois réflexes clés et leurs effets quand ils ne sont pas intégrés
1. Le réflexe de Moro
Le réflexe de Moro est une réaction de sursaut (ouvrir les bras en arc de cercle) face à un changement soudain (bruit fort, sensation de chute). Il est normalement inhibé vers 3–6 mois.
S’il persiste l’enfant peut :
être hypersensible aux stimulations sensorielles (ne supporte pas la lumière, le toucher, les odeurs…)
réagir de manière émotionnelle intense
être en hypervigilence
envahir l’espace des autres (ne pas comprendre les limites)
Ou au contraire être très inhibé, en retrait
Avoir des troubles du sommeil (se réveiller souvent)
Ne pas aimer les changements
Etre facilement distrait
2. Le RPP – Réflexe de Paralysie par la Peur
Le RPP (Réflexe de Paralysie par la Peur) est un réflexe archaïque de protection qui s’active face à une situation perçue comme menaçante. Il correspond à une réponse de figement du système nerveux (nerf vagal dorsal), distincte des réactions de fuite ou de lutte (activé par le système sympathique).
Ce réflexe joue un rôle fondamental dans la survie du nourrisson. Il est censé s’intégrer progressivement au cours des premières mois de grossesse. Il précède d’ailleurs le réflexe de Moro.
Lorsque le RPP n’est pas intégré, l’enfant peut rester bloqué dans des réponses automatiques de stress intense.
Cela peut se manifester par :
· une inhibition comportementale (sidération, retrait, difficulté à passer à l’action),
· une hypersensibilité émotionnelle, avec une tendance à se figer face à la nouveauté ou à l’imprévu,
· une grande fatigabilité, liée à un système nerveux constamment en état d’alerte
Sur le plan neuro-émotionnel, la persistance du RPP suggère une dominance des circuits de survie (tronc cérébral et système limbique) au détriment d’un contrôle cortical mature. L’intégration de ce réflexe permet alors une meilleure sécurité intérieure, favorisant l’engagement, la confiance et une régulation émotionnelle plus stable.
2. Le réflexe palmaire Babkin
Ce réflexe se manifeste quand une pression sur la paume déclenche une salivation au cœur de la bouche et une recherche de succion. Il devrait disparaître naturellement au cours des premiers mois de vie.
Quand il n’est pas intégré :
difficulté à se séparer de l’adulte
bégaiements, n’arrête pas de parler
fort besoin d’attention
manque de tonus musculaire dans les mains
addictions (au sucre souvent), compulsion
bavage excessif
parfois des difficultés avec les activités nécessitant la dextérité ou la concentration prolongée.

Conclusion : un regard intégré
Les réflexes archaïques sont des jalons importants du développement neuro-émotionnel. Leur persistance peut indiquer que certaines étapes de maturité neurologique doivent être soutenues, en particulier chez des enfants qui présentent des difficultés émotionnelles ou comportementales.
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