• Myriam Perrozet

Les enfants n'ont pas les moyens physiologiques de gérer leurs émotions

Mis à jour : avr. 20

Pendant longtemps nous avons pensé que les enfants pouvaient gérer leurs émotions comme les adultes, et c'est seulement tout récemment, avec l'arrivée des sciences affectives, que nous avons découvert que le cerveau de l'enfant arrivait à maturité seulement à 25 ans.



Antonio Damasio, Directeur de l’Institut Neurologique de l’Emotion et de la Créativité à Los Angeles a été un des premiers chercheurs à découvrir l'impact des circuits limbiques (cerveau émotionnel) sur notre capacité à être pleinement humain. Mais avant d'expliquer ces découvertes faisons un petit retour en arrière pour comprendre le principe du cerveau triunique du Médecin Neurobiologiste Paul D MacLean.


Ce chercheur élabore une théorie selon laquelle trois cerveaux distincts sont apparus successivement dans le cycle de l'évolution des espèces, dont celle de l'Homme :

* un cerveau reptilien associé à nos réflexes de survie primaires (300/400 millions d'années)

*un cerveau paléomammalien, appelé aujourd'hui "cerveau limbique" en charge du déclenchement des émotions, des alerteurs, et constitutif de la mémoire

* un cerveau néomammalien appelé aussi néocortex apparu il y a 3,6 millions d'années (lorsque l'Australopithèque décide de quitter l'Afrique), permettant le raisonnement logique, le langage, la rationalité.


Largement contesté par certains contemporains (dont Michel de Pracontal), il est admis aujourd'hui que ces cerveaux fonctionneraient tous en même temps, et plus spécifiquement avec une interaction permanente entre les aires cérébrales.


Ce qui est "nouveau", c'est l'existence d'une vraie différence physiologique entre le cerveau de l'enfant et le cerveau de l'adulte.


Le néocortex de l'enfant, et plus particulièrement la partie orbito-frontale, est complètement immature. L'enfant n'a donc pas les moyens de prendre du recul, de mettre de la rationalité sur les expériences qu'il vit, car il ne dispose pas des "câbles" lui permettant de gérer une émotion.


Lorsqu'une forte émotion arrive, tout se met en alerte, le cortisol est sécrété (hormone du stress), et l'enfant n'a qu'un seul moyen à sa disposition, c'est d'exprimer l'émotion à la mesure de son intensité.


"Les caprices" ne sont donc pas des caprices : il s'agit uniquement d'enfants n'ayant pas les moyens physiologiques de gérer une émotion.



Aussi il est important de comprendre que l'interaction que l'enfant va avoir avec son environnement, sur surtout la qualité des relations sociales qu'il va générer avec son entourage est directement corrélé à son bon développement physique, émotionnel et cognitif. Plus un adulte rassure l'enfant, le console et l'aide à mettre des mots sur ce qu'il ressent, plus il va aider l'enfant à faire maturer son cortex orbito-frontal, et à faire diminuer son taux de cortisol.


Il est aujourd'hui prouvé qu'un contact bienveillant avec l'enfant génère une sécrétion d'ocytocine (l'hormone de l'amour), très favorable au bon développement du système nerveux et encéphalien de l'enfant, car il agit comme un pansement face aux hormones de stress.


Il est donc vital et primordial pour l'adulte d'apprendre à faire face aux tempêtes émotionnelles de l'enfant. Cependant nos vies s'accélérant, le stress augmentant, il est parfois bien difficile de faire preuve de patience et de bienveillance.


Selon une étude de Malakoff Mederic de 2016, sept personnes sur dix déclarent avoir un travail nerveusement fatiguant, une personne sur deux estime que le rythme de travail s'accélère et 22% des interrogés déclarent avoir « peur d’être dépassé à l’avenir par les nouveaux outils et les changements ".


Le stress a gagné du terrain sur ces deux ou trois dernières décennies, et il est urgent de ralentir nos vies, nos rythmes pour remettre de l'attention et de lien de nous à nous pour commencer. En effet nous ne pouvons pas être patient et bienveillant vis à vis d'un enfant, si nous ne le sommes pas avec nous-même. C'est comme si l'on essayait d'arroser une plante alors que l'arrosoir est vide.


(Ré)-apprendre à nous aimer, à développer de la tolérance, de la gratitude envers nous même, est la première marche avant de partager le cadeau que nous sommes, pour être ensuite pleinement disponible et attentif aux enfants qui nous entourent.


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Le cerveau de l'enfant