• Myriam Perrozet

La naissance : que se passe-t-il au niveau du cerveau de l'enfant ?

Mis à jour : avr. 20

La naissance a-t-elle un impact sur le développement du cerveau de l'enfant, et plus largement sur l'être en devenir ?


Même si très peu d'études existent aujourd'hui, nous pouvons imaginer que ce "pas-sage" n'est pas neutre dans le développement de l'être humain.


Suivant où l'on se trouve dans le monde, l'accouchement est orchestré de bien des manières différentes. Dans les pays les plus reculés, la place est majoritairement laissée à l'instinct, aux traditions, et à l'écoute du corps. En occident, depuis le milieu du siècle dernier, l'accouchement se passe essentiellement en établissement médicalisé, comme le confirme une étude de l'INSEE*.





Beaucoup de rapports ont été réalisés sur les conditions d'accouchement des futures mères, mais très peu de données sont aujourd'hui disponibles sur l'impact que peut avoir la naissance sur l'enfant. Le passage du milieu aqueux au milieu gazeux, est pourtant l'un des plus grands traumatismes que l'être humain a à vivre.


Dans les années 1970, l'enfant était considéré comme "non conscient", et en témoigne cette vidéo, les pratiques du personnel médical ne prenaient pas en compte les pleurs de l'enfant. La priorité était d'attribuer les soins physiologiques au détriment des soins affectifs.

https://www.youtube.com/watch?v=H-ZQQBkOMAU





Frédérick Leboyer, éminent gynécologue et obstétricien français, a pris , dans la deuxième partie de sa carrière, le contre pied des pratiques habituelles, pour se consacrer au bien-être du bébé et à la relation mère-enfant.


En 1974 il écrit son premier ouvrage "Pour une naissance sans violence" qui propose de revenir aux fondamentaux : laisser la place à une naissance naturelle, respectueuse de l'enfant et de la mère.


De nos jours, la prise en compte de l'enfant dans la naissance s'est considérablement améliorée, cependant l'accouchement est encore abordé comme un acte médical, alors qu'il n'est que l'expression de la vie qui se met en oeuvre.


Nous savons grâce au rapport de l'INSERM et de la DREES d'octobre 2017, que 68,2%** des femmes donnent naissance par voie basse dont 78,1%** avec péridurale, 12,2%** d'entre elles par voie instrumentale (terme employé dans le rapport qui fait référence aux naissances opérées par ventouses, forceps, spatules) et 19,6%** par césarienne.


La voie de Frederick Leboyer n'est donc pas encore la norme... et pourtant la manière dont l'enfant nait a un impact direct sur la suite de sa vie, au niveau psychologique, émotionnel, moteur et cognitif.


Tout est en effet gardé en mémoire, et cette première étape de vie, la "né-sens", sera enregistrée quelque part comme "la capacité à être accueilli par les siens dans la traversée".


La partie affective a donc une place de taille dans l'accouchement, et tout ce qui peut entraver le "passage" (excepté dans un cas extrême où la vie de l'enfant et/ou de la mère est en jeu) laissera une trace... quelque part.


D'un point vue purement physiologique, lorsque l'accouchement se déroule naturellement (sans péridurale, voie instrumentale, césarienne), le système nerveux est pleinement sollicité quand le bébé franchit les différentes étapes de la descente. En effet des autoroutes neuronales se créent au fur et à mesure de la traversée : c'est ce qu'on appelle l'activation des réflexes archaïques (mouvements automatiques involontaires en réponse à certains stimuli).


Et tout ceci est préparé depuis bien longtemps in utero. Certains réflexes archaïques émergent dans le ventre de la maman durant les 9 mois de grossesse, pour pouvoir ensuite s'activer lors de l'accouchement. Quelques semaines/mois après la naissance ceux-ci s'inhibent naturellement, comme prévu par le cycle de l'évolution humaine.


Lorsque cette venue au monde se déroule sans entrave et sans stress (voir video : https://vimeo.com/266582511?fbclid=IwAR3KfEDLhAVI94-VzQAXVivJJmcSy0ssiQjlJ0uwzO8qdep6ACybp6rRo0w), l'enfant développe alors rapidement son plein potentiel sur un plan physique, émotionnel et cognitif. Dans le cas contraire, si un ou plusieurs réflexe(s) n'ont pas eu l'occasion de s'activer et donc de s'intégrer, il est alors toujours possible de "rattraper le retard" en les éduquant en séances individuelles, grâce à cette belle opportunité qu'offre la plasticité cérébrale... mais rien ne vaut l'expérience directe.


Nous ne pourrions terminer cet article sans parler des enfants diagnostiqués TDA/ TDAH (Trouble de l'Attention avec ou sans Hyperactivité). Depuis quelques années les prévalences augmentent, et il serait peut être intéressant de renverser le questionnement. Au lieu de questionner les capacités de l'enfant, pourrions nous questionner le système dans lequel il évolue ?

Pourrait il y avoir un lien avec nos sociétés du toujours plus vite ?

Pourrait il y avoir un lien avec la sédentarité de plus en plus grande chez l'enfant et son alimentation ?

Pourrait il y avoir un lien avec la qualité des échanges que l'enfant a avec l'adulte ?

Pourrait il y avoir une relation directe avec la naissance ?




*99% des femmes accouchent en milieu hospitalier https://www.insee.fr/fr/statistiques/3047024

**selon le rapport de l'INSERM et de la DREES (octobre 2017) "enquête nationale périnatale"

credit photo : freepik

Le cerveau de l'enfant