• Myriam Perrozet

Les écrans : les effets sur le cerveau... et sur la vie de famille

Mis à jour : avr. 20

Le smartphone a fait son apparition il y a maintenant 25 ans, et nos modes de vie ont été totalement transformés. Les relations au travail, en famille et plus globalement entre êtres humains se sont vues modifiées.


Avec un taux d'équipement en téléphonie mobile de 94% en 2018* et avec 3 personnes sur 4 possédant un smartphone*, les enfants sont aussi désormais embarqués dans cette vague numérique et ce de plus en plus tôt.


Une Etude d'Ipsos de 2015, révèle qu'en France, les jeunes de 4 à 14 ans passeraient en moyenne 4h par jour sur les écrans. Ce que nous ne savons pas encore suffisamment, c'est que le cerveau de l'enfant est immature jusqu'à 25 ans, et qu'il est déconseillé pour lui d'être soumis à de fortes doses d'écrans.



Lorsque leurs yeux sont rivés sur le petit écran, le tronc cérébral (la partie archaïque de notre cerveau) et le cerveau limbique (celui qui gère les émotions) se mettent à fonctionner comme s'il s'agissait de répondre à un danger.


Le système autonome se met en mode "orthosympathique" (fuite/combat), et accélère la respiration, les battements du coeur, stoppe le processus de digestion, tend la chaine arrière des jambes, et active les glandes surrénales. Le corps est alors électrisé, en mode "survie" et le néo cortex (nécessaire à la réflexion, la rationalité...) débranche.


Cette déconnexion est plus ou moins importante en fonction de l'action qui est en cours. Si l'enfant regarde un écran de manière passive ou s'il joue à des jeux vidéos l'effet sur le cerveau n'est pas le même. En effet tout se joue au niveau de l'implication et de la sollicitation des facultés attentionnelles.


Lorsque les enfants sont en train de jouer à un jeu vidéo, leurs yeux s'écarquillent et doivent faire face à une quantité d'images non adaptées aux capacités de traitement du cerveau. Le système nerveux s'épuise, le système attentionnel de l'enfant se détraque, et les yeux, à force de fixer leur attention sur plusieurs endroits en même temps, doivent ensuite avoir un temps de repos conséquent. En effet, après avoir convergé, l'oeil va naturellement diverger. Hors l'école demande au système binoculaire, pour toute pratique de la lecture, de l'écriture, de converger... Les enfants n'en sont tout simplement plus capables.


Une autre conséquence de l'excès d'écran est l'activation du circuit de la récompense dans le cerveau qui oriente directement les comportements de l'enfant. Des quantités trop fortes et trop longues d'écrans vont renforcer des groupes de circuits neuronaux : l'Aire Tegmentale Ventrale et le Noyau Accumbens, entre lesquels vont circuler la dopamine.

La dopamine, impliquée dans l'activation du plaisir, des apprentissages et de la motivation, est absolument nécessaire à la vie, mais celle-ci, ici, va jouer le rôle d'en demander "toujours plus". https://www.youtube.com/watch?v=mEuokfY0EH0

L'enfant va alors à ses dépends demander de plus en plus fréquemment la console, le smartphone, la tablette.


A ce titre, il faut rappeler que le cerveau d'un adulte et d'un enfant sont complètement incomparables. Un adulte a la capacité de contrôler ses pensées, ses actions car son cortex préfrontal (nécessaire à la réflexion, la rationalité...) est mature. Il peut donc aussi facilement gérer ses émotions, et avec de la volonté, la plupart du temps, sortir des petites additions. L'enfant lui, avant 25 ans, est en pleine construction cérébrale, et son cortex préfrontal est en cours de développement. Il lui est impossible de gérer ses pensées, ses émotions et donc toute forme d'addiction.



Aussi il est aujourd'hui démontré scientifiquement que les écrans créent les mêmes dépendances que les drogues. Une chercheuse américaine en Addictologie, Mandy Saligari déclare : "je dis toujours aux parents : quand vous donnez une tablette ou un smartphone, en réalité c'est comme si vous lui donniez une bouteille de vin ou un gramme de cocaïne".


Est-ce que la privation d'écrans serait alors la solution ? Pas forcément si cette action demande au sujet de passer "du tout au rien" car elle peut créer une très forte dépression, et parfois des réactions violentes. Beaucoup de parents sont en réelle détresse face à ce phénomène de grande ampleur.


Une étude menée en Grande Bretagne sur l'impact des appareils mobiles sur la vie de famille**, montre que les parents sont parfois aussi dépendants (voire plus) que leurs enfants.

Durant les repas les adultes consultent 2 fois plus leurs téléphones que leurs enfants, et passent en moyenne 14mn par heure à regarder leur smartphone devant la télévision, quand les enfants, eux, sont à 10mn par heure.

Plus qu'un phénomène de santé, il s'agit aussi d'une profonde transformation des structures familiales qui est en jeu.


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* baromètre du numérique 2018 - Ministère de l'économie et des finances

** échantillon : 5000 familles avec enfants âgés de 8 à 16 ans. Période 2000-2015


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Le cerveau de l'enfant